Marc Thébault relève notre défi !

Les étudiants de Paris 1 ont lancé un défi à Marc Thébault, grand absent du Forum Cap’Com de cette année : imaginer le scénario du forum sans lui. Cap ou pas Cap’Com?

Communicant(e), je suis ton pair !

Marc Thébault

Tout a commencé quand d’espiègles étudiantes en communication, présentes au Cap’Com 2013 à La Rochelle, m’ont lancé le défi de rédiger un « joli » billet pour leur blog, moi qui étais absent de ce forum annuel et m’en lamentais sur les réseaux sociaux. Naïf, j’ai cru bon de leur laisser le choix des armes : thème, longueur et ton – entre autres – du fameux billet ! La consigne est tombée sans attendre : « Un billet teinté d’humour en imaginant ce qui pourrait se passer au Cap’Com sans vous ! ». Puis une seconde la rejointe : « En gros, un scénario Godzilla VS Le Jour d’Après … ». Je ne suis pas exempt de l’angoisse de la feuille blanche en temps ordinaire, vous imaginez donc ma tétanisation. Mais la stupeur passant, j’ai laissé aller la plume …

Risquant à chaque instant la disqualification pour délation, devais-je évoquer les collègues qui, bien qu’ayant tenté de me consoler officiellement en clamant haut et fort leurs regrets, étaient sans doute déjà, officieusement, partis effectuer la tournée des bars de ce port illustre – en attendant de faire celle des « filles », non moins illustres, de La Rochelle ? – pour boire « à la santé des absents » et se brosser les dents au mojito (du vécu – ndlr) ?

Me vautrant dans le péché d’orgueil, devais-je imaginer les étudiants et communicants débutants, désappointés, eux qui avaient pourtant tout misé sur cette rencontre, pour recevoir en live, là un sourire, ici une imposition de main, ailleurs quelques formules sages afin de les replacer judicieusement dans un prochain devoir ?

Pataugeant dans la luxure, devais-je tenter de décrire les étudiantes et jeunes collègues femelles en pleurs devant la PP de mon compte Twitter qui, pour certaines en tous cas, se griffaient les joues et mêlaient leur sang à leur rimmel gorgé de larme en psalmodiant mon nom ?

Ou, quitte à me fâcher avec certains collègues, pouvais-je essayer d’imaginer quelques échanges attendus ou autres déballages de lieux communs sur les pratiques de communication, pour mieux en ricaner, grassement de préférence ? L’an passé, on m’avait déjà conseillé de m’orienter sur le thème de la « modestie » pour pondre un papier postcapcommien sur mon blog, vous pouvez sans difficulté songer aux propositions qui s’en seraient suivies cette année …

 Et s’il fallait dresser la liste de toutes et tous ceux qui, le soir du 30 mars 2014, aux alentours de 21h, n’auront qu’une seule envie, aller faire pousser des chèvres dans le Larzac ? Au passage, elles et ils auront quelques mots à dire à l’auteur de la formule : « la communication publique est service d’intérêt général qui n’a rien à voir avec les élections et les politiques ». Rigolo, certains élus fraîchement victorieux vont assez vite prouver le contraire …

Enfin, je pourrais fort aisément décrire les pensées de conférenciers ou d’animateurs d’ateliers soulagés devant ma chaise vide, en prenant conscience qu’ils ont échappé à ma logorrhée, ma verbosité intarissable et, par la même, sans doute lassante, je l’admets …

Non, décidemment, c’est bien sur le plan professionnel, et rien que sur ce plan, que réside mon salut.

Ainsi, comment ne pas évoquer, sur le thème de l’absence, les notions de « personnal branding » ou d’e-réputation ? Comment ne pas replacer la problématique qui m’est imposée dans l’écosystème des medias propres, achetés et gagnés (j’ai dit « gagnables » à mes étudiants), en élargissant le débat aux notions de notoriété et d’influence et en comptant sur l’engagement de mes fans pour me rendre d’autant plus présent que je ne suis pas là ? Et pourquoi, alors, ne pas évoquer le marketing territorial et les clubs d’ambassadeurs dont les soirées ont si bonne presse pour les amateurs de chocolat ?

Pourtant, à vrai dire et à mesure que les mots me viennent, je sens bien que la seule question qui vaille n’est pas celle d’esquisser un Cap’Com sans moi. C’est au contraire de trouver les mots justes pour expliquer ce que je suis sans le Cap’Com.

Certaines thèses philosophiques ne pas toujours les plus primesautières. Tenez, Jean-Paul Sartre et l’existentialisme, par exemple. On a connu plus joyeux et plus revigorant. Considérer que l’Autre est une contrainte, voilà un point de vue qui ne peut laisser un communicant public indifférent, lui qui pense, plus souvent que de raison, que nos collectivités seraient tellement plus agréables sans élus … comme nos territoires le seraient tout autant sans habitants. L’existentialisme, c’est ce principe qui énonce que l’Autre me regarde, me juge et me transforme en objet de sa pensée. Il tisse un lien de dépendance entre lui et moi, donc met en péril ma liberté. Vous voyez, cela ne donne pas forcément envie de sauter au plafond de joie. Certes, pendant que l’Autre fait de moi son objet, je le juge aussi : si l’Autre m’oblige à me voir au travers de sa pensée, en retour je l’oblige réciproquement à se voir à travers la mienne. Je dépends de l’Autre et l’Autre dépend de moi. De là, un éventuel « Enfer », car l’Autre est incontournable. Je suis toujours contraint de tenir compte de sa présence et de ses jugements.

Un aveu maintenant : j’y plongerais volontiers dans cet Enfer-ci. Parce que, somme toute, si partir c’est mourir un peu, être absent c’est disparaître tout à fait. Et même pour quelques instants, c’est douloureux. Je suis addict à vous, je le crains. Et tant pis pour mon libre-arbitre.

Mais j’y pense, je devrais peut-être racler les fonds de tiroirs et retrouver des souvenirs anciens, ceux de mes premiers Cap’Com (à Issy-les-Moulineaux) et vous faire partager de répétées épiphanies à l’écoute de forts brillants orateurs ? Ou plutôt des rencontres. Vous savez, ces instants rares, proches du battement d’ailes de papillon qui, sans que vous n’ayez rien compris, vous ont déjà transformé. Inéluctablement. Et ces rencontres-là vont me manquer cette année. Si Cap’Com compte sans doute pour son « in », il vaut surtout pour son « off ». Et l’attirance vers les « afters » se fonde sur cette promesse du plaisir sans fin que l’on ressentira en ayant le sentiment d’être « connecté » avec tous les autres. Connecté ne voulant pas dire « pécho », faut-il le rappeler ? Enfin pas forcément.

Car voyez-vous, l’essentiel n’est pas forcément d’écouter experts et intervenants dits incontournables. Certes, un grand colloque est un rituel qu’il convient de combler absolument, ainsi que l’exigerait une ancienne tradition, car il y aurait, selon la légende, un lien de proportionnalité entre la densité d’un programme et la satisfaction des participants. Je pense que, décidemment, l’important est plutôt de profiter de cette concentration humaine pour, histoire de voir ce que cela fait, communiquer enfin entre nous, entre pairs.

Communicante, communicant, je suis ton pair. Et cela me plaît. J’aime ce que tu es. J’aime ce que tu deviendras. Je suis fier de toi. Je me reconnais en toi et j’espère que tu peux, un peu, te reconnaître en moi. Tu m’es utile souvent. J’aimerai l’être également, comme un juste et naturel retour des choses. Nous sommes de la même famille nom de Dieu ! Et ce n’est pas rien d’être pair de cette famille-là.

Ne pouvant le déclarer en direct à La Rochelle, je l’écris maintenant. Et je dois remercier ces charmantes communicantes en herbe de m’avoir permis d’être, quand même, un peu parmi vous. Second effet bénéfique, je peux écrire tout cela à jeun, contrairement à certaines ou certains que je vois d’ici, je préfère le signaler. Mais je dis cela pour votre bien, un pair cela doit aussi servir à mettre en garde.

Bon forum et, si j’osais, je vous claquerai volontiers la bise ! Sans arrières pensées malsaines, attention ! J’ai déjà pu vous faire partager sur mon blog cette similitude étrange entre les communicants et les bonobos et sur l’intérêt qu’il y aurait à s’emparer de leur devise : « Un bisou vaut mieux qu’un coup de grisou. Et si ça ne suffit pas, un coup de rein sûrement aidera » ! On tente cela l’an prochain ?

Marc Thébault

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